Mathias a eu la lèpre, mais personne ne le croyait

Mathias a eu la lèpre, mais personne ne le croyait

Mathias Duck a attrapé la lèpre en 2010. Une nouvelle accueillie avec scepticisme par ses proches : "un blanc de bonne famille qui a la lèpre ? Impossible !" Entretien.

Cela a commencé avec une sensation d'engourdissement à la main droite. En tant que pasteur dans un hôpital au Paraguay, j'ai immédiatement reconnu les symptômes. Je les avais déjà rencontrés dans notre établissement. Heureusement, j'étais entouré de médecins capables de poser le bon diagnostic. Autrement dit, je ne pouvais pas rêver meilleur endroit pour tomber malade...

Se rassurer
"Ça va, je m'y étais préparé", me disais-je pour tenter de me rassurer. Je savais ce que la maladie engendrait et je savais comment j'allais finir par me sentir. Du moins, c'est ce que je pensais.

De nombreuses personnes touchées cachent leurs symptômes de peur d'être exclues. Et à juste titre, elles perdent souvent non seulement leur emploi et leurs revenus, mais aussi leur famille et leurs amis. Même si j'étais dans une situation favorable, j'avais peur des réactions négatives.

Impossible de ne pas en parler
Mais il était de mon devoir de raconter mon histoire et d'informer les gens au sujet de la lèpre. De plus, je voulais montrer que moi aussi, je pouvais attraper la lèpre. Parce que j'ai dû faire face au scepticisme de mon entourage : "un blanc de bonne famille qui a la lèpre? Impossible !". Vous voyez donc la portée de la stigmatisation autour de la lèpre. Nous sommes nombreux à penser que cela ne concerne que les personnes en situation de pauvreté ou vivant dans de mauvaises conditions."

La lèpre n'est pas une condamnation à mort
Tout le monde peut contracter la lèpre, mais heureusement ce n'est pas une condamnation à mort. Nous connaissons les symptômes, nous savons comment traiter la maladie, la vie n'est pas en danger, ce n'est pas très contagieux et si vous êtes pris en charge à temps, il n'y a aucun souci à se faire. Mais beaucoup de gens ne le savent pas, d'où cette si grande peur.

Un combat difficile d'un point de vue psychologique
Bien sûr, cela ne signifie pas que la lèpre n'est pas un combat. Mon traitement était très lourd. J'étais épuisé physiquement et mentalement. Plus de la moitié des personnes affectées souffrent de dépression. Une conséquence des échecs que vous accumulez au niveau social. L’exclusion, la perte d’un emploi, une famille qui vous répudie... tout cela pèse sur votre état mental.

Né avec des préjugés
Nous naissons tous avec des préjugés sans que nous nous en rendions compte. C'est regrettable, mais il n'y a souvent rien à faire. Vous connaissez une personne qui, pour une raison ou une autre, est exclue ? Apprenez à la connaître, écoutez-la. Ces personnes ont généralement les histoires les plus étonnantes et les plus courageuses à vous raconter. Et petit à petit, les préjugés s'envolent.

L'arme contre la lèpre
L'information est essentielle pour lutter contre la lèpre, et cela le restera toujours. Si les populations comprennent exactement ce qu'est la lèpre, nous pouvons éliminer la stigmatisation et la discrimination qui entoure la maladie.
Mais ce qui est peut-être encore plus important, c'est l'autonomisation des personnes concernées. Elles doivent se sentir fortes à nouveau, connaître leurs droits et leurs possibilités pour mener une vie digne. Elles doivent partager leur histoire pour contribuer à vaincre la stigmatisation. De cette façon, elles peuvent aussi inspirer les autres. C’est seulement de cette manière que nous aurons un monde sans lèpre.

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