Comment c’était la Guinée ?

Comment c’était la Guinée ?

Cette question, Anaïs et Timothy ont dû y répondre des dizaines de fois. Alors qu’ils atterrissent à peine. C’est qu’il en faut du temps pour prendre du recul sur un stage qui a littéralement changé leur manière de voir le monde. Entretien.

(Regardez la vidéo en bas de l'entretien.)

Anaïs a 21 ans. Timothy, 23, étudiants en soins infirmiers, en stage en santé communautaire en Guinée encadrés par Action Damien.

Anaïs a 21 ans. Timothy, 23. Tous deux sont étudiants en soins infirmiers à l’Henallux. En avril, ils se sont envolés pour la Guinée dans le cadre d’un stage en santé communautaire. Pendant cinq semaines, les deux fotés* ont travaillé dans les différents centres de soins de santé encadrés par Action Damien dans la capitale, Conakry (centre antituberculeux de la Carrière, centre de référence « tuberculose » de Tombolia, et dans le service de pneumologie de l’hôpital Ignace Deen).

Le 24 mai dernier, la météo était radieuse. Anaïs et Timothy aussi. Le sourire aux lèvres, la peau hâlée à la faveur du soleil guinéen et des étoiles plein les yeux, ils ont fait le déplacement jusque dans nos bureaux pour nous faire part de leur expérience. D’entrée de jeu, nous percevons leur enthousiasme et leur intention de nous faire littéralement voyager. Une rencontre qui s’annonce forte en émotions.

Tout d’abord, pourquoi un stage en Afrique ?

A. : J’ai toujours voulu voyager. De plus, l’aspect « santé communautaire » dans un autre pays est un solide bagage professionnel qui pouvait m’aider à trouver ma voie pour la suite. Et au final, je pense avoir trouvé ma place !

T. : Pour ma part, j’ai toujours été attiré par l’Afrique. Mes parents y ont vécu toute leur enfance et leurs histoires m’ont toujours fait rêver. Et plus tard, j’aimerais travailler dans l’humanitaire, et donc ce stage me permettait d’avoir un aperçu plus réel des besoins et aides sanitaires sur le terrain.

À quoi ressemblait une journée-type, s’il y en a une ?

Etudiants en soins infirmiers, ils ont effectué un stage en santé communautaire en Guinée encadrés par Action Damien.

A. : Tous les matins, nous nous rendions au centre de santé. Les dépistages y ont lieu à partir de 8 heures. Pour 13 heures, tous les patients avaient été pris en charge, mais on ne chômait pas pour autant ! Nous retournions au bureau pour effectuer le suivi des dossiers et nous rédigions les rapports de la journée. Et la route c’était aussi quelque chose. Par exemple, on mettait deux heures à l’aller et deux heures au retour pour se rendre à Tombolia (un quartier de Conakry, ndlr), tant le trafic pose problème.

T. : Nous avons travaillé dans trois centres différents. Mais aucun jour ne se ressemblait. On alternait entre le laboratoire, les prises de sang, le dépistage de la tuberculose ou du VIH, la pharmacie ou même le développement des radios ! C’était très enrichissant de pouvoir toucher à autant d’aspects de la santé communautaire. Nous avions également du temps libre. C’était l’occasion de découvrir la culture du pays et des coins de paradis comme l’île de Roume.

À chaque fois qu’un malade arrive à bout de son traitement, c’est une très grande fierté et donc un jour de fête.

Quels sont les moments forts de votre séjour ?

Pourquoi un stage en Afrique avec Action Damien?

T. : Le riz au petit-déjeuner ! Blague à part, ce que j’ai apprécié, c’est qu’à chaque fois qu’un malade arrive à bout de son traitement, c’est une très grande fierté et donc un jour de fête. C’est très motivant pour les malades. Je me rappelle en particulier d’Oumou, qui a guéri de la tuberculose ultrarésistante. Maintenant, elle va avoir un suivi et Action Damien va l’aider pour qu’elle puisse sortir de la pauvreté. À côté des guérisons, il y a malheureusement aussi la mort, que nous avons vue à l’hôpital Ignace Deen.

A. : Cet épisode m’a aussi marquée car je me sentais dans ce qu’on appelle dans mon école « la minute d’incompétence ». Un homme était en arrêt cardiaque et le massage cardiaque prodigué par le médecin ne semblait pas faire effet. Et t’es là, tu bouges pas, tu sais pas quoi faire. J’y vais, j’y vais pas ? On a le sentiment de pas avoir fait ce qu’on avait à faire. Mais ça fait malheureusement partie du métier. Ce qui définit également mon voyage, c’est cette impression que nous avons fait deux stages différents, car je suis une femme. Et en tant que femme, je dois toujours justifier mes connaissances. Quand on m’a confiée des tâches plus importantes comme le dépistage du VIH, je me suis sentie respectée et surtout, appréciée à ma juste valeur.

Que retenez-vous d’Action Damien au terme de ce stage ?

T. : Ce qui m’a marqué, c’est qu’Action Damien joue un véritable rôle de superviseur, et c’est assez impressionnant. Je pensais que l’organisation soignait « juste » les malades, mais non. Les médecins sur place effectuent un réel suivi avec des grilles d’évaluation, ils sortent littéralement les malades de la maladie. Ils les encouragent quand ils prennent du poids et leur fournissent un vrai soutien psychologique.

A. : Dans le centre de Tombolia (un quartier de Conakry, ndlr), Action Damien paie même le transport pour aller chercher les médicaments. En plus, 24 malades et leur famille reçoivent même un appui nutritionnel sous la forme d’un colis alimentaire une fois par mois. Et ça fait réellement la différence car le malade n’est plus rejeté et peut rentrer à nouveau dans sa famille. Et c’est ce soutien qui permet au malade de guérir, c’est une véritable béquille.

Action Damien fait réellement la différence.

Votre voyage, en un mot ?

T. : La débrouille ! Il y a toujours des solutions et de l’espoir.

A. : La spontanéité. Les Guinéens sont très directs, c’est déroutant au début !

  • Foté signifie « blanc » en soussou, l’une des langues nationales de la Guinée.
    Une langue nationale est propre à une nation, un pays. À ne pas confondre avec le concept de « langue officielle », qui est le français dans le cas de la Guinée.

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